Chapitre 1 - Introduction

La Ville Fantôme – Introduction

Je m'appelle Elena. Je m'occupe de ce site Web et je n'ai rien à vendre. Tout ce que je possède est ma moto et la liberté complète de la mener là où ma curiosité et le démon de la vitesse me mènent. Ces pages sont entretenues par l'auteur.

Elena Picture

La moto

J'ai conduit toute ma vie et au fil des ans j'ai eu plusieurs motos. J'ai terminé ma recherche avec une moto parfaite, une grosse Ninja, qui se vante de ses 147 CV. Elle est rapide comme un boulet de canon et confortable pour de longs trajets.

Je voyage beaucoup et une de mes destinations favorites est le Nord de Kiev, à travers la région appelée la "zone morte" de Tchernobyl, qui est à 130 km de mon domicile. Pourquoi favorite ? Parce que l'on peut y rouler longtemps sur des routes désertes.

Les gens en sont partis et la nature fleurit. Il y a des bois et des lacs superbes.

Dans ces endroits où les routes n'ont plus été utilisées par les camions ou les véhicules de l'armée, elles sont dans l'état où elles étaient il y a 20 ans – à part d'éventuels brins d'herbe ou quelques arbres qui auraient découvert une fissure pour y pousser. Le temps n'abîme pas les routes, aussi elles resteront ainsi jusqu'à ce qu'on les ouvre à nouveau au trafic… dans quelques siècles.

Plan

Avant de commencer notre périple, nous devons apprendre quelques petites choses sur les radiations. C'est vraiment très simple, et l'outil que nous utilisons pour mesurer les taux de radiation est appelé compteur Geiger. Si vous l'activez à Kiev, il mesurera 12 à 16 micro-roentgens par heure. Dans une ville quelconque de Russie ou d'Amérique, il indiquera 10 à 12 micro-roentgens par heure. Au centre de beaucoup de villes européennes il indiquera 20 micro-roentgens par heure.

1.000 micro-roentgens équivalent à un milli-roentgen et 1.000 milli-roentgens équivalent à 1 roentgen. Donc, un roentgen est 100.000 fois le niveau de radiation moyen d'une ville typique. Une dose de 500 roentgens pendant 5 heures est mortelle pour l'être humain. Chose intéressante, il faut environ deux fois et demi cette dose pour tuer un poulet et plus de 100 fois la même dose pour tuer un cafard.

Ces faibles taux de radiations ne peuvent plus être trouvés à Tchernobyl, à présent. Le premier jour après l'explosion, certains endroits autour du réacteur émettaient 3.000 à 30.000 roentgens par heure. Les pompiers qui ont été envoyés pour éteindre l'incendie du réacteur ont été littéralement frits dans le halo des rayons gamma. Les restes du réacteur ont été ensevelis sous un énorme sarcophage d'acier et de béton, et il y a relativement peu de risques à présent de voyager dans la région – du moins tant qu'on ne s'éloigne pas de la route et qu'on ne se fourvoie pas dans un mauvais endroit...

La carte ci-dessus montre le circuit de notre voyage au travers de la zone morte. Les radiations sont descendues dans le sol et sont maintenant dans les pommes et les champignons. Elles ne sont pas retenues dans l'asphalte, ce qui rend possible de voyager au travers de cette région.

Je n'ai jamais eu de problème avec les gens des contrôles techniques, qui tiennent les points de contrôle. Ce sont des experts et s'ils découvrent des radiations sur votre véhicule, il lui donne une douche chimique parce qu'ils ont davantage à faire avec la biologie physique qu'avec la physique biologique.

Chapitre 2 - 600 ans

600 ans.

Le vendredi 25 avril 1986, l'équipe du réacteur de Tchernobyl-4 se préparait à effectuer un test le jour suivant pour voir combien de temps les turbines tourneraient et produiraient de l'énergie si l'alimentation électrique venait à disparaître. C'était un test dangereux, mais il avait déjà été fait auparavant. Pour cette préparation, ils désactivèrent quelques systèmes de contrôle critique – dont le mécanisme de chute automatique des barres.

Peu après 1 heure du matin, le 26 avril, le flux d'eau de refroidissement chuta et la puissance commença à augmenter.

A 1h23, l'opérateur réagit pour arrêter le réacteur dans son mode de basse puissance et, du fait des erreurs précédentes, provoqua une brusque pointe de puissance, déclenchant une énorme explosion de vapeur qui souffla les 1.000 tonnes du chapiteau de l'enceinte de confinement et le projeta dans les airs.

Plusieurs des 211 barres de contrôles fondirent et une seconde explosion, dont la cause est toujours un sujet de désaccord parmi les experts, projeta à l'extérieur des fragments du cœur du combustible radioactif en feu et permit à l'air de se précipiter dans l'enceinte de confinement – enflammant plusieurs tonnes de blocs d'isolant en graphite.

Une fois le graphite enflammé, il est presque impossible de l'éteindre. Il fallut 9 jours et 5.000 tonnes de sable, de bore, de dolomite, d'argile et de plomb lâchées depuis des hélicoptères pour l'éteindre. Les radiations étaient tellement intenses que beaucoup de ces courageux pilotes moururent.

Ce fut l'incendie du graphite qui relâcha la plupart des radiations dans l'atmosphère et provoqua ces pointes de radiations atmosphériques qui ont été mesurées à des milliers de miles de là.

Il y avait d'inexcusables erreurs de conception.

Les causes de l'accident sont décrites comme une suite fatale d'erreurs humaines et de technologie imparfaite. Andrei Sakharov a dit que l'accident de Tchernobyl démontre que notre système ne peut pas gérer la technologie moderne.

Conformément à la longue tradition de la justice soviétique, plusieurs des employés de l'équipe travaillant durant ce test furent emprisonnés – sans se préoccuper de leur responsabilité. 25 d'entre eux moururent.

Les radiations occuperont la région de Tchernobyl pendant dix mille ans, mais la région pourra commencer à être repeuplée d'ici 600 ans – plus ou moins trois siècles. Les experts prédisent que, par la suite, la plupart des éléments dangereux auront disparus – ou auront été suffisamment dilués dans l'air de la Terre, le sol et les eaux. Si notre gouvernement peut d'une manière ou une autre trouver l'argent et les politiques financer les recherches scientifiques nécessaires, peut-être un moyen sera trouvé pour neutraliser ou nettoyer la contamination plus tôt. Autrement, nos lointains descendants devront attendre que les radiations diminuent à un taux acceptable. Si nous nous référons à la plus courte estimation scientifique, ce sera dans 300 ans… certains scientifiques parlent de 900 ans.

Je pense que ce sera 300 ans, mais les gens me trouvent souvent optimiste.


Je me souviens…

Dans le langage ukrainien (dans lequel nous n'aimons pas dire "le"), Tchernobyl est le nom d'une herbe, l'armoise (absinthe). Ce nom effraie les croyants parmi les gens d'ici. La raison en est peut-être que, chez les populations croyantes, la Bible mentionne l'absinthe dans le livre des révélations – qui prédit la fin du monde…

Révélation - 8:10. Et le troisième ange sonna de la trompette, et il tomba des cieux une grande étoile, ardente comme un flambeau, et elle tomba sur le tiers des fleuves et sur les sources des eaux. (Dans les langues antiques, le terme "tiers" signifiait "la plus grande partie", NdT)

Révélation - 8:11. Et l'étoile s'appelait Absinthe : et le tiers des eaux fut changé en absinthe, et beaucoup d'hommes moururent par ces eaux, parce qu'elles étaient devenues amères.

Ainsi, dans notre langue, si vous séparez le nom Chornobyl (l'orthographe ukrainienne de Tchernobyl), "chorno" signifie "noir" et "byl" veut dire "douleur". Si je dis à quelqu'un que je vais à Chernie... dans le meilleur cas sa réponse sera : "Es-tu cinglée ?"

Mon père a l'habitude de dire que les gens ont peur des choses mortelles qu'ils ne peuvent pas voir, pas toucher et pas sentir. Peut-être parce que ces termes sont une bonne description de la mort elle-même.

Papa est physicien nucléaire et il m'a appris beaucoup de choses. Il est beaucoup plus inquiet de la vitesse de ma moto que de la direction dans laquelle je la mène.

Mes voyages à Tchernobyl ne sont pas des promenades dans un parc, mais le risque peut être géré. Des fois je voyage seule, d'autre fois avec un passager, mais jamais en compagnie d'autres véhicules, parce que je ne veux pas que quelqu'un soulève la poussière devant moi.

J'étais écolière en 1986 et dès que le taux de radiations commença à augmenter à Kiev, papa nous mis toutes dans le train vers la maison de ma grand-mère. Mamie vit à 800 km de là et papa n'était pas sûr que ce soit suffisant pour nous mettre hors de portée du grand méchant loup qu'était ce brasier nucléaire.

Le gouvernement communiste, qui était au pouvoir alors, garda le silence sur cet accident. A Kiev, ils forcèrent les habitants à prendre part à leur précieux et stupide défilé de la Fête du Travail et ce fut quand des gens ordinaires commencèrent à entendre des informations sur l'accident, sur des radios étrangères et par les familles de ceux qui mouraient, que la peur s'installa. La vraie panique commença 7 à 10 jours après l'accident. Ceux qui avaient été exposés à un taux extrêmement élevé de radiations dans les 10 premiers jours, quand c'était encore un secret d'état, y compris des visiteurs sans méfiance de la région, soit moururent ou bien eurent de sérieux problèmes de santé.

Heading North Picture

Cap au Nord.

Il est temps de partir. Voici notre route. Il n'y aura pas beaucoup de voitures sur ces routes. Cet endroit a une renommée nauséeuse et personne n'essaie de se fixer ici. Aussi loin que nous allons, la terre dévaluée, l'absence de gens et plus belle est la nature… tout à fait le contraire de n'importe où dans le monde – et une prévision des choses à venir.

Giant Egg Picture

Au passage du 86ème kilomètre, nous rencontrons un œuf géant – qui marque l'endroit où finit la civilisation telle que nous la connaissons - et où le parcours de Tchernobyl commence.

Quelqu'un a apporté cet œuf d'Allemagne. Il représente le déferlement de la VIE au travers de la dure coquille de l'inconnu. Je ne sais pas si ce symbole est encourageant ou pas. D'un autre côté, il fait penser les gens et, pour nous, ici c'est la dernière chance de nous approvisionner en nourriture mangeable, en eau potable et en essence non contaminée. A partir d'ici, notre journée sera une image graduellement obscurcie de villes désertées, de villages vides et de fermes mortes…

Fairy Land Picture

Les radiations ont été dispersées irrégulièrement par les vents, comme sur un échiquier, laissant des endroits vivants et d'autres morts. Il est difficile de dire où commence le royaume des fées.

Pour moi, il commence après ce pont. C'est un village mort qui se trouve à quelques 60 km à l'ouest du réacteur.

Chapitre 3 - Visite aux alentours

Visite aux alentours

Des routes qui mènent dans des endroits où aucune vie n'est restée.

Les routes sont bloquées pour les voitures, mais pas pour les motos. Les bonnes filles vont au Paradis. Les mauvaises en Enfer. Et les filles sur des motos rapides vont là où elles veulent.

Voilà ce qui reste d'un village fertile et de sa population de 4.500 âmes. Il croupit à 50 km au sud de "ground zero" – le réacteur.

Ce vieil homme habite la région de Tchernobyl. C'est l'un des 3.500 habitants qui soit ont refusé de partir, soit sont retournés dans leurs villages après la fusion du réacteur en 1986. J'admire ces gens, parce que chacun d'eux est un philosophe à sa manière. Quand vous leur demandez s'ils ont peur, ils répondent qu'ils préfèrent mourir chez eux avec les radiations, plutôt que de finir sains dans un logement qui n'est pas le leur. Ils mangent le produit de leur propre jardin, boivent le lait de leurs vaches et prétendent être en bonne santé… mais le vieil homme est l'un des derniers 400 habitants qui ont survécu aussi longtemps. Il rejoindra bientôt ses 3.100 voisins qui restent pour l'éternité dans la terre de leurs maisons bien-aimées. Il semble que les plus courageux aient été les premiers à mourir ici. Peut-être que cela est vrai partout.

Chapitre 4 - Point de controle

Point de contrôle

Ici, nous entrons dans la zone de Tchernobyl. Je vérifie ma réserve d'essence et le nécessaire de réparation des pneus. Je ne tiens pas être bloquée au milieu de ce désert nucléaire.

Le réservoir doit être plein, les stations d'essence de cette région ressemblent toutes à celle-ci.

Voici un des points de contrôle officiels qui mènent dans la zone morte. Une autorisation est nécessaire pour entrer dans la zone d'exclusion.

C'est ici que l'on donne une douche de produits chimiques aux visiteurs imprudents ou malchanceux

Chaque fois que je passe ici, je sens que j'entre dans un monde irréel. Dans la région morte, le silence des villages, des rues et des bois semble me dire quelque chose… quelque chose que je suis obligée d'entendre… quelque chose qui m'attire et me repousse en même temps. C'est divinement étrange – comme faire un pas dans le tableau des montres qui coulent de Salvador Dali.

Chapitre 5 - Terre dévastée

Terre dévastée

Les dépôts radioactifs sont les traces de notre civilisation. Plusieurs centaines de ces dépôts font le désert des terres atomiques à l'abandon, où les radiations sont encore mesurées en roentgens.

Il y a des dépôts radioactifs aussi loin que les yeux peuvent regarder. On trouve des camions militaires abandonnés. La plupart étaient remplis de soldats à cette époque.

Combien de personnes moururent des radiations ? Personne ne le sait – même approximativement. Les autorités annoncent toujours une trentaine de morts, alors que les sources non-officielles parlent de 300.000, voire 400.000 morts.

Le bilan final ne sera pas connu de notre vivant, ni même de celui de nos enfants.

Il est plus facile de comptabiliser le matériel détruit. Cela a été une écrasante catastrophe économique pour la région – dont elle pourrait ne jamais se remettre.

Cliquer ici pour visualiser (Dailymotion) la vidéo sur les dépôts radioactifs.

Cliquer ici pour visualiser (Dailymotion) la vidéo de "Consumed Land" (Terre Dévastée).

Chapitre 6 - Les Liquidateurs

Les Liquidateurs

Le mémorial de la nuit de Tchernobyl. Pour les morts et ceux qui ne naîtront pas… écrit dans la pierre pour les vivants.

Ces camions de pompiers ne retourneront jamais dans leurs garages et ceux qu'ils portaient ne rentreront jamais chez eux. Ils furent les premiers sur les lieux en pensant qu'il s'agissait d'un incendie ordinaire. Ils ne savaient pas ce qu'ils allaient réellement affronter.

Les "Liquidateurs" furent recrutés ou forcés de participer au nettoyage ou à la remise en état des conséquences de l'accident.

En tant que gouvernement totalitaire, l'Union Soviétique envoya beaucoup de jeunes soldats pour aider au nettoyage de l'accident de Tchernobyl, mais ne put leur fournir les vêtements de protection appropriés – ou la moindre explication sur les dangers encourus.

Plus de 650.000 liquidateurs participèrent au nettoyage du désastre de Tchernobyl la première année. Ce groupe inclut ceux qui travaillèrent à la construction de l'enceinte de confinement, appelée le SARCOPHAGE, au-dessus du réacteur n°4.

Ci-dessous : des liquidateurs en route pour Tchernobyl.

Des soldats sur le toit du réacteur n°3, après l'explosion, ramassent des morceaux mortels de graphite radioactif et les jettent dans le chaudron du cœur du réacteur démoli.

Au début, ils essayèrent d'utiliser des robots, mais les engins se désactivaient sous le fort taux de radiations ou bien se bloquaient dans des débris, alors ils envoyèrent des centaines de soldats-robots biologiques.

Travailler sur le toit était le travail le plus court de tous, et terminé en seulement deux minutes. Beaucoup de soldats s'étaient ainsi vu offert le choix de remplir leurs obligations nécessaires à leur départ de l'Armée. Ou bien ils passaient deux années sous la pluie d'enfer des balles, des missiles et des bombes en Afghanistan, ou bien ils restaient deux minutes sous la pluie tranquille, silencieuse et invisible des rayons gamma sur le toit du réacteur n°3.

Ce qu'il reste du réacteur n°4

Chapitre 7 - Les chevaux de Prejevalsky

Cet enfer digne de Dante devint une sorte de paradis pour les animaux sauvages – du moins en surface. Ils prospèrent sans humains pour les chasser, mais personne ne comprend vraiment comment les poisons nucléaires ont altéré leur caractère génétique, l'étendue de leur migration ou leurs interactions avec les zones "sûres" voisines. Des mutations grotesques ont été rapportées, mais la science officielle le dément.

Les populations de loups et de sangliers croissent rapidement. Ils occupent les maisons et les hangars abandonnés. Curieusement, ils ne sont pas agressifs. Peut-être cela est-il dû à leur nourriture qui est abondante pour toutes les espèces excepté pour l'homme, quoique contaminée. Il n'est pas inhabituel de voir un loup, un renard, un sanglier sauvage ou un cerf traverser nonchalamment la route.

Voici les chevaux de Prejevalsky. Quelqu'un en importa un couple d'Asie quelques années auparavant, ils apprécièrent d'être ici et maintenant il y en a trois troupeaux galopant dans la région de Tchernobyl. Ils ont une allure préhistorique. Quand ils traversent au grand galop, ils ressemblent, comme vous pouvez le voir, à une meute des anciens Eohippus (Note : l'Eohippus est considéré comme l'ancêtre du cheval de l'époque éocène). Des zoologistes apportèrent aussi deux bisons américains, mais l'idée de se reproduire ne leur vint pas. Le bison mâle partit. Je ne sais pas s'il a fui loin des radiations ou loin de son épouse, mais il a été vu la dernière fois en route vers l'ouest. Il a dû décider de rentrer en Amérique…

Voici la ville de Tchernobyl.

Ici le compteur Geiger indique 20 à 80 micro-roentgens, selon l'endroit où vous êtes. J'appelle cet endroit la "ville zombie", ce qui veut dire que toute la population a été évacuée en mai 1986. Ensuite, la ville a été bien nettoyée et elle devint plus tard le camp de base des ouvriers de la Centrale Atomique.

Au moment des retombées nucléaires, les dépôts dus au vent devinrent le risque principal. Répandant la mort en certains endroits, ils accordèrent aléatoirement leur clémence en d'autres endroits. La ville de Tchernobyl est à exactement 12 km au sud du réacteur, à vol d'oiseau. Le premier jour après l'accident le taux de radiations n'était pas élevé ici. C'était remarquable, si on considère qu'à ce moment là, les radiations de Tchernobyl avaient déjà atteint l'Europe du Nord. C'était encore tenu secret et les suédois commencèrent à chercher des fuites dans leurs propres centrales nucléaires. Les vents changèrent de direction le 1er mai et les lectures du matin indiquèrent 24 milli-roentgens par heure. Les nuages radioactifs survolèrent Tchernobyl, la tuèrent puis vinrent sur Kiev, pour prendre part à notre célèbre Défilé Milli-Roentgen de la Fête du Travail.

Nous traversons la ville.

Chapitre 8 - Le bureau de vote

Voici le bureau de vote du village.

C'est vraiment ennuyeux de participer à une élection avec un seul candidat d'un seul parti, aussi le taux de participation est très bas. Il l'a été, jusqu'à ce que les autorités locales aient l'idée d'offrir un verre en récompense d'un vote. Cela rendit les électeurs très intéressés des choses politiques.

La porte sur la droite est celle de la pièce où la boisson est offerte et celle de gauche celle de la salle du vote. Je ne sais pas si les autorités eurent l'idée de rendre férié le jour suivant les élections, ainsi les votants auraient eu le temps d'être à jeun avant de reprendre le travail. Le vieil homme qui me raconta cette histoire ne se souvenait plus.

Chapitre 9 - La centrale nucléaire

La centrale nucléaire

En général, à ce moment du voyage, un compteur Geiger qui "bip" incite à accélérer et quitter l'endroit en toute hâte. Le bouquet d'arbres en face de moi est appelé le bois rouge – ou le bois "magique". En 1986, ce bois luisait en rouge à cause des radiations. Ils coupèrent les arbres et les enfouirent sous un mètre de terre.

Les lectures sur les dalles d'asphalte indiquent 500 à 3.000 micro-roentgens, selon l'endroit où vous êtes. C'est de 50 à 300 fois le rayonnement d'un environnement normal. Si je me tiens 10 mètres plus loin, le compteur Geiger arrive en dépassement de gamme. Si je marche quelques centaines de mètres en direction du réacteur, la radiation est de 3 roentgens par heure – ce qui est 300.000 fois la normale. Si je continue de marcher vers le réacteur, je brillerais dans la nuit ce soir. C'est peut-être pour cela qu'ils appelèrent ce bois le bois "magique". C'est une sorte de magie que de marcher avec un cuir de motard et de se retrouver comme un chevalier dans une brillante armure.

Voici le domaine de la Centrale Atomique. Le compteur Geiger indique ici de 500 à 3.000 micro-roentgens par heure.

L'usine a été définitivement fermée en 2000. Il va bientôt falloir construire un nouveau sarcophage, parce que le premier, qui a été construit à la hâte, commence à se désintégrer.

Seule une très petite quantité de radiation a pu s'échapper. La plupart des scientifiques pensent que plus de 90% des radiations est encore sous le sarcophage. Les restes du combustible radioactif sont appelés le "Pied d'Eléphant", à cause de leur apparence. Environ 190 tonnes d'uranium et une tonne de plutonium réellement dangereux sont encore là, et si le méchant éléphant nucléaire sort son pied, nous aurions un très gros problème.

Chapitre 10 - Nos pyramides

C'est le dernier point de contrôle. Une tenue de protection et une autorisation spéciale sont nécessaires pour aller plus loin… Je ne suis pas curieuse à ce point.

Nos Pyramides

Le sarcophage restera radioactif pendant au moins 100.000 ans. L'âge des pyramides d'Egypte est 5.000 à 6.000 ans. Chaque époque culturelle laisse quelque chose à l'humanité, quelque chose d'immortel, comme l'époque judaïque nous a laissé la Bible, les grecs la culture philosophique, les romains apportèrent les lois, et nous, nous laisserons le Sarcophage, la construction qui est partie pour survivre à tous les autres signes de notre époque et qui durera plus longtemps que les pyramides.

Après un saut de 4 kilomètres, nous sommes aux portes de "Ghost Town", la Ville Fantôme. Elle a été fondée en 1970, à 4 km au nord du réacteur. 48.000 personnes, vivaient ici et aimaient leur ville. En 1986, c'était un endroit moderne, verdoyant et agréable à vivre.

Pripyat – Ville Fantôme

Silence

Cette ville aurait pu être un site touristique attirant. Certaines compagnies de tourisme ont bien essayé de préparer des circuits dans cette ville, mais le premier groupe de touristes trouva le silence déroutant et carrément SINISTRE. Ils payèrent 1.200 Hryvnas (l'Hryvna est la monnaie Ukrainienne valant environ 0.2 €) pour une excursion de deux heures, mais après un quart d'heure, ils voulurent repartir vers le monde extérieur. Ici, le silence est assourdissant.

Chapitre 11 - Rues de Pripyat

C'est ici qu'habite le gardien.

Au premier coup d'œil, la Ville Fantôme ressemble à une ville normale. Il y a une station de taxis, une épicerie, quelques lessives pendues aux balcons et les fenêtres sont ouvertes. Puis voyant un slogan sur un immeuble, qui dit : "Le parti de Lénine nous guidera vers la victoire du communisme"… je réalise que ces fenêtres étaient ouvertes sur l'air printanier de 1986.

Il y a beaucoup d'endroits qui ne sont pas sûrs du point de vue de leurs structures, ou qui ont reçu des doses d'intense radiation. Il y a des endroits où personne n'ose aller. Un de ces endroits est la forêt du Bois Rouge et un autre est le cimetière de la Ville Fantôme. Les parents des gens enterrés ici ne peuvent pas les visiter, parce qu'en plus des gens enterrés, une grande partie du graphite radioactif du cœur nucléaire a été enfoui ici. C'est une des zones les plus toxiques sur Terre.

Chapitre 12 - Le magasin de motos

Le magasin de motos.

Il n'est peut-être pas difficile de deviner que c'est le premier endroit que j'ai voulu visiter.

C'est un truc de motard

Aucun magasin de motos ne résisterait à une telle catastrophe.

C'est l'étiquette de vente d'une moto Chezet, 26 CV, 343 cm3. Prix = 1050 roubles. Chezet ! C'était l'engin de rêve, le nec plus ultra de tous les jeunes motards d'Union Soviétique. Je me souviens, lycéenne, dans une bande de mauvais garçons traînant dehors et bavant devant la vitrine d'un magasin de moto… rêvant de ce que nous pourrions faire avec cette moto de 26 CV, parce que le dinosaure hors d'usage de grand-père n'avait que 15 malheureux poneys. Mais comment diable pourrions-nous avoir les moyens de l'acheter dans toute une vie ??? Le salaire moyen mensuel était alors de 180 roubles.

Quand la sirène de la ville se déclencha le dimanche matin, un affolement général s'ensuivit. La police évacuant avec tout le monde, les banques et même les bijouteries étaient relativement sans surveillance, mais ce magasin a été vidé en une heure. La police commença à tirer sur les pillards en mai, quand des postes de télévision radioactifs commencèrent à apparaître chez les prêteurs sur gage de Kiev.

Chapitre 13 - L'hotel

Hôtel

L'hôtel Polissia

Polissia est le nom de la région dans laquelle est située la zone de Tchernobyl.

Nous sommes à la réception du plus grand hôtel de la Ville Fantôme, j'ai en tête les paroles de "Hotel California".

Voici une chambre avec des arbres poussant au travers du sol en pierre.

C'est ici la salle de banquet. Elle servait pour les mariages, les fêtes d'anniversaire et les soirées d'entreprise. Il y a davantage de signes de vie ici que partout ailleurs dans la Ville Fantôme.

Chapitre 14 - Les maisons

Les maisons

Il n'y a pas de risque d'être en plein air dans la Ville Fantôme. C'est à l'intérieur des maisons que le véritable danger demeure.

S'y promener sans un instrument de détection de radiation revient à traverser un champ de mines avec des raquettes à neige.

Toutes les portes sont ouvertes. Au travers de ces portes filtre un écho lointain de ce que fut la vie ici.

Nouveau depart.

Les enfants ont dû se séparer de leurs jouets favoris. Les gens ont tout laissé, des animaux de compagine et des photos de leurs grands-parents à leurs voitures. Les gens avaient des maisons, des garages, des autos, des maisons de campagne, ils avaient de l'argent, des amis, de la famille, des chats et des chiens. Ils avaient leurs vies. Chacun à sa place. Et, incroyablement, en quelques heures, tout leur monde est tombé en morceaux.

Après un voyage de quelques heures dans des véhicules de l'armée, ils sont passés sous une douche, les lavant des radiations. Puis ils sont entrés dans une nouvelle vie, nus et sans maison, sans amis, sans chiens, sans argent, sans passé et avec un avenir très incertain.

Photo de l'évacuation. Au printemps, 1986

Chapitre 15

Ici ce sont des motards participant à un défilé en 1985. Ils conduisent de molles motos soviétiques anciennes. Oh, beaucoup de choses ont changé depuis 1985, et l'une d'elles est la technologie. Ma grosse Ninja fournit probablement plus de chevaux-vapeur que toutes celles-ci réunies.

Une de mes plaisirs est d'ouvrir les gaz et avec un rugissement de dinosaure blessé, briser le silence d'une ville déserte… puis arrêter le moteur et écouter comment les fantômes jettent un sort à une grosse intruse à quatre-cylindres.

Et leur drapeau est toujours là.

Tout ce joyeux crottin était pour le defilé de la Fête du Travail, le 1er mai.

Chapitre 16 - La poste

La poste est décorée pour le défilé de la Fête du Travail.

Le 1er mai ne vint jamais dans cette ville. Le 27 avril, toute la population a été évacuée et cette rue n'a plus vu de défilé depuis… et n'en verra probablement jamais plus.

Le Café Fantôme "Pripyat"

Chapitre 17 - Retour vers l'URSS

Retour vers l'URSS.

C'était la ville au début des années 80.

Voilà à quoi elle ressemble maintenant. Le parc est la partie la plus radioactive de la ville parce qu'il est directement en face de l'usine atomique. On dit que les gens couraient pour survivre alors qu'ils cherchaient leurs enfants dans la poussière atomique… Je ne sais pas si c'est vrai, mais je sais que le 27 avril, le jour de l'évacuation, le taux moyen de radiation dans la ville était de 1 roentgen !

La Ville Fantôme est un Pompéi moderne. L'époque soviétique est préservée ici – dans les radiations depuis toutes ces années.

Chaque pas en direction des petites voitures ajoute 100 micro-roentgens à la lecture de mon compteur Geiger.

Chapitre 18

Dans la langue russe, le grand chariot est une roue des diables. Bien, cela ressemble beaucoup à ça.

Sur le carrousel il y a 103 micro-roentgens par heure. Cet endroit symbolise ce qui s'est réellement passé ici.

C'est l'immeuble le plus haut de la ville. Le jour du désastre, beaucoup de gens s'entassèrent sur le toit pour contempler le beau nuage brillant au dessus de la Centrale Nucléaire.

Chapitre 19 - L'escalade

L'escalade

Nous allons monter sur le toit de cet immeuble.

Les portes de l'ascenseur sont ouvertes pour toujours.

Quelqu'un n'a pas reçu son courrier. Deux ou trois journaux et l'édition d'avril de la revue "Pêche et Chasse". Ces gens étaient peut-être en dehors de la ville. Dans tous les cas, ils ne sont jamais revenus.

Chapitre 20

Les sentiments exprimés sur ce mur sont : Vovik + Tanya = amour. On se demande s'ils ont survécu. Et si c'est le cas, où sont-ils maintenant ? Peut-être viendront-ils sur ce site et verront-ils cette photo, et ils se rappelleront des jours meilleurs.

Cet homme n'a jamais reçu son journal. Les nouvelles devenaient brusquement sans importance. Le calendrier montre que ce samedi 26 avril était un jour à part. D'après ce qu'il a laissé à la porte, il aimait pêcher. Le dimanche et l'année sur le calendrier sont marqués à l'encre rouge et sont maintenant décolorés.

Il est peut-être parti pour une partie de pêche et n'est jamais revenu. Je me demande ce qu'il a ressenti. C'est comme si votre vie avait été coupée en deux parties. Dans l'une, vos pantoufles toujours au pied du lit, les photos d'un premier amour restées sur le piano… et dans l'autre c'est vous-même, vos souvenirs et une canne à pêche.

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